par Arthur
La nuit avait été difficile pour Jérome, quand la température baisse autant ce n’est pas facile de dormir dans la rue. Avec le temps, il avait su s’équiper, couverture de survie pour lutter contre le froid, bâche au dessus de la tête en cas de pluie et pour s’abriter du vent. En hiver, il surélevait légèrement son matelas de camping afin de ne pas être en contact avec le béton gelé et de rendre sa couche moins froide. Et pour finir une petite rasade de whisky bon marché pour s’endormir.
Mais attention, Jérome buvait pour trouver le sommeil mais pas pour s’anesthésier complètement. Il avait conscience que c’était trop dangereux de perdre connaissance dans ces conditions. Déjà en temps normal, il ne vaut mieux pas être dans le coma à la rue, cela lui était arrivé au début, une erreur de débutant.
À l’époque il vivait encore dans sa voiture, il s’était garé dans un coin tranquille en face du bois de Vincennes. Le soir, il retrouvait d’autre marginaux du coin autour d’un feu et ils picolaient et fumaient tout ce qui leur passait sous la main. C’était un début de mois, le rsa était tombé, le moment idéal pour faire la fête et s’acheter à boire. Après avoir bien rigolé en fumant le shit d’un de ses camarades et s’être enivré de mauvaise vodka il s’était endormi sur place. Le lendemain matin il s’était réveillé tout tordu, son corps courbaturé par la drôle de position dans laquelle il avait passé la nuit. Le feu était éteint, ses amis d’un soir et ses clés de voitures avaient disparus.
Merde ! Ce n’était pas possible, il ne l’avait pas volé, cela devait être les roumains garé un peu plus loins, c’était forcément ces salaud de roms. Toujours à foutre la merde. Il ne ramasse pas leurs poubelles, monopolise la seul arrivé d’eau. Jérome ne pouvait croire que ses copains avec qui il avait tant rigolé aient pu lui faire ça. Après tout, il se faisait peut être un film, ses clés avait du tombé de sa poche et il les retrouverait sur le chemin en retournant à sa voiture. Ce matin pour Jérome, le ciel était trop haut et la terre bien basse, il du s’y prendre à trois reprises avant de réussir à se relever. Il ne retrouva pas ses clés sur la route, sa voiture, qui contenait tout ce qui lui restait de son anciennes vies avait disparus. Les roms eux étaient encore là, toujours à la même place, il n’avait pas bougé. Pourtant, ce devrait être eux, ils avaient du lui voler sa bagnole pour la démonter et en revendre les pièces. Jérome s’approcha d’une femme qui remplissait un bassine à la fontaine. Comme il titubait encore, la femme se méfia et appela tout de suite de la compagnie. Il eu à peine de le temps de crier et de les traiter de tous les noms, qu’un gros costaud lui décocha une droite dans le ventre qui le fit valser quatre mètres en arrière.
Depuis il avait quitté le bois, arrêter de fumer le shit des autres et ralenti sur le biberon. Il avait écumé plusieurs quartier de Paris avant de finir sur la pelouse du bassin de l’arsenal. Un coin assez bucolique. L’été, les amoureux s’y rejoignaient pour pique-niquer, c’était agréable de sentir la vie au dehors de son campement, il en profitait pour se balader, écouter les conversations, taxer des clopes, un verre de vin nature ou une bière ipa pour lesquelles les bobos adorent dépenser des fortunes. Arrivé l’automne il retrouvait sa tranquillité, les gosses débarquaient entre cinq et six heures mais tout le reste du temps le parc étaient la propriété privé des clochards.
Chacun avait son coin, ce n’est pas parce qu’on est sans domicile fixe qu’on n’est pas territoriales. Les plus anciens avaient des coins aménagés, de quoi se faire à manger, tout le matériel nécessaire pour se protéger des intempéries et tout le matériel nécessaire pour se protéger de ceux qui voudraient éventuellement le leur voler. Les nouveaux se posaient ou il pouvait, souvent les coins les plus humides et venteux. Jérome avait eu de la chance, il avait hérité.
Un matin d’hiver comme aujourd’hui il avait été réveillé par les bourrasques de vent, sa peau tirait et il ne sentait plus ses pieds. Il roula hors de sa couette, il fallait qu’il marche et se réchauffe, peut être qu’un tour dans le métro lui ferait du bien. En se relevant son radar à emmerde détecta immédiatement une anomalie. Crotte de chien, son voisin de tente n’était pas à sa place. En continuant sur quelques mètre vers le canal, Jérome retrouva son camarade. Il flottait, son corps avait fait un trou dans l’eau glacé et flottait. Le froc baissé sur les chevilles, son cul plus blanc que jamais était offert à l’inconnue. Jérome ignorait le véritable nom de Crotte de chien, tout le monde l’appelait juste comme ça. Et contrairement à certains comme Biton, Roulade, ou Jacuzzy dont les surnoms cryptique étaient difficile à comprendre, il n’était pas très difficile de déchiffrer l’origine de son surnom. Au collège il aurait surement était appelé « pu la merde », mais sur les trottoirs de Paris il avait été logique de le renommer Crotte de chien. Jérome était un clochard propre, il était à la rue depuis moins de dix ans et avait réussi à conserver une certaine hygiène. Entre les piscines et les bains publics il réussissait à se laver, raser et il réussissait même à se couper les cheveux seul. Ses premières coupes lui donnait l’air d’un illuminé mais après plusieurs échecs il réussi enfin à tenir le ciseau correctement et se faisait une coupe presque normal. Cela été même devenu sa monnaie d’échange dans le camp, il échangeait ses talents de coiffeur contre des clopes ou un paquet de gâteau. Crotte de chien, lui ne s’était surement pas douché ni coiffé depuis plusieurs années. Ses cheveux était devenu son cheveu, une mèche dégueulasse, quasiment solide, défiant la gravité regroupait tout ce qu’il avait sur la tête. Impossible à démêler ou à laver il aurait fallu lui raser le crâne à blanc pour l’en débarrasser. De même pour ses vêtements, inchangés depuis des années qui dorénavant ne faisaient qu’un avec sa peau. Collant, puant, élimé au niveau des articulations, Crotte de chien représentait le cauchemar des bas fonds. Un animal ayant perdu toute son humanité.
Quand Jérome était arrivé sur la bassin, la seul place disponible était à côté du monstre. Personne ne voulait l’approcher, son odeur, sa folie, ses crises de démences repoussait ses camarades de rue, les travailleurs sociaux, même les flics se méfiaient de lui. Persuadé qu’il était plein de puce et de maladie aujourd’hui disparu, ils évitaient soigneusement de l’emmerder de peur qu’il les morde et leur transmette son virus.
Malgré tout cela, Jérome c’était installé, il avait fini par s’habituer au personnage, avec le temps il avait même appris à l’apprécier. La nuit Crotte de chien pouvait se mettre à parler dans son sommeil et des bribes de son ancienne vie resurgissait. Dans ses cris et gémissement on pouvait déchiffrer les raisons de sa chute. Il parlait d’une maison au volet rouge, d’une femme qui lui voulait du mal et d’un enfant dont il ne pouvait pas être le père. Il parlait ensuite d’une grosse bêtise, il avait fait une grosse bêtise et arrivé à ce moment il se réveillait en pleur. Reprenant ses esprits, il insultait tous ceux qui dormaient autour, puis se rendormait.
Et bien ce matin ou Crotte de chien offrait son cul blanc au vent d’hiver, Jérome n’avait pu que constater que son voisin était mort noyé ou gelé. Il avait surement du aller pisser et était tombé la tête la première. Habituellement on entend les mecs bourré qui tombe à l’eau, le gros plouf les dégrises rapidement et laisse place au cri à l’aide. Mais le froid avait gelé la Seine et Crotte de chien s’était brisé le crâne contre la glace, un choc sourd, puis son urine et la chaleur de son corps avait amorcer le trou dans lequel on l’avait retrouvé à moitié immergé.
Jérome avait attendu quelques jours avant de déménager, il avait mis toute les affaires de son voisin à la benne, avait demandé à un employé de la mairie de bien vouloir mettre un coup de karcher sur le sol et ensuite il s’était installé. La place était à l’abris du vent et de la pluie, une vue sur les bateaux à quais. Une impression de vacances à la mer.
Plusieurs hiver était passé et Jérome avait joui de sa nouvelle place.
Puis ce matin il se réveilla, alla marcher autour de la place de la bastille et comme tous les jours rebrancha son téléphone sur la prise usb de l’arrêt de bus. L’appareil se ralluma et afficha un message vocal. Il du s’agenouiller pour coller son oreille au téléphone sans le débrancher. C’était le centre Emmaus du vingtième arrondissement, après deux ans sur liste d’attente il lui avait enfin trouvé une chambre. Son conseiller l’attendait, cette après midi il pourrait récupérer les clés et ce soir il aurait un toit et une douche à lui.
Face à l’opéra, Jérome esquissa un sourire, s’en était fini pour lui des crottes de chien.
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