Contraintes : L’action se déroule sur l’eau, avec les mots envahisseur, et un verbe vomir.

par Manon

Je regarde la vue. Le soleil. L’ile au loin devant, c’est Capri, derrière moi, c’est Naples. Je ressens de la distance entre lui et moi. J’essaie de le faire sourire…Mais je sens qu’il est absent. Le bateau avance très lentement. Je me concentre pour prendre un maximum de vitamines solaires pendant ces quelques jours. Ça devait être une parenthèse heureuse. Il avait tout organisé. Et maintenant qu’on était là. Il avait l’air triste. Silencieux. J’étais épuisée, mais je savais que j’avais fait le bon choix.

Mon corps avait expédié l’envahisseur avec beaucoup de douleur. J’avais eu le droit a un derive d’opiacé pour gerer ca. Et ça m’avait étourdi. Quand je lui avais annoncé, dans les larmes. Il m’avait amené à une fête avec ses amis proches, le directeur artistique de chez Yves Saint Laurent, son amie chroniqueuse sur France inter. Il leur avait dit. Je le sentais, je lui en voulait. Il savait que je ne voulais pas le garder. Ils me regardaient tous avec amour, et une sorte de condescendance. Ils me jaugeaient, me jugeaient quand ils m’ont vu allumer une clope. Ils avaient tous l’air réellement heureux d’apprendre cette nouvelle. Dans les faits, lui et moi, on était séparés quand j’ai su. Mon père avait eu l’instinct de m’appeler sur facebook en vidéo environ 1 min après mon test. Comme mon père m’avait conseillé de le garder, je sentais qu’il fallait que je fasse le contraire. J’avais fait un an ou deux d’analyse. C’est suffisant pour remettre en question la parole de ceux qui te veulent du bien – a priori. Mon père aussi avait été heureux de l’apprendre, malgré mes larmes. Il disait, mais c’est génial, c’est la vie, ce garçon a l’air charmant. Vous ferez une famille. Il a un bon travail, il gagne bien sa vie, son appartement est grand. C’est comme ça parfois la vie. Je l’écoutais et regardais autour de moi, mes 2m carré d’espace, rempli de vêtements, avec mon vélo dans l’entrée. Je n’étais même pas certaine que ce soit le père. Pour être honnête, j’étais à peu près certaine que ce n’était pas lui. Mais celui qui l’était, je ne pouvais plus y penser. Je l’avais prévenu, il était en vacances en Corse,et il ne pouvait pas gérer “une cas sociale comme moi”. Quand j’ai décidé de contacter l’autre, je savais que j’étais malhonnête, mais je me jurais à moi-même que personne ne serait jamais au courant de la vérité, même moi, je finirais par oublier la violence. les conditions, et le rejet méprisant d’un homme qui m’utilisait. La version que j’emporterais jusqu’à ma mort c’est que c’était lui qui m’avait mise enceinte. Point. Mais je ne m’attendais pas à une déclaration d’amour de sa part. Je ne m’attendais pas à ce qu’il m’avoue n’avoir jamais voulu être avec moi même quand nous l’étions jusqu’ à cette annonce de grossesse. Mais qu’aujourd’hui avec cette nouvelle ça changeait tout. Il avait envie d’être avec moi. Il avait envie de s’occuper de moi. J’étais faible, mais je savais ce que cela voulait dire. Ça aurait un prix.  

mais j’avais peur d’être seule. Je me suis laissée convaincre que peut-être on pourrait devenir une famille, une fraction de seconde. Moi qui tenait à peine sur mes 2 jambes. Je fumait des pétards à longueurs de journée, à me tordre le cerveau, “et quand cet enfant va naître, il va ressembler à l’autre?”. Non Je ne peux pas faire ça, ça je ne peux pas. Mes seins devenaient lourds, et puis… j’ai vomi. La mutation avait commencé. Il m’a proposé de partir le week-end à Naples. J’ai accepté, par faiblesse. Par faiblesses pour les beaux hôtels, pour les voyages express, j’avais tout accepté. Être entretenue, par lui ou un autre finalement ça n’avait aucune importance. Les humaniser en leur donnant des prénoms n’avait aucun sens. Entre temps, je me suis rendue dans le 13eme arrondissement, sans lui dire. Le medecin habitait dans les grande tours que je voyais depuis toujours, dans les tréfonds de ces tours, de dédale de couloirs, avec des fontaines, des miroirs dans lequel je voyais mon reflet, les cernes sous mes yeux, cet air triste, ma silhouette toute fine, mon visage d’adolescente perdue, apeurée. Il donnait des ordonnances pour une pilule abortive même après la date conseillée, a des gens qui n’avaient pas de sécurité sociale. J’avais fait un petit déni de grossesse, j’étais presque à la date limite. J’ai pris la pilule le jour même, et quand il a compris. Il n’y avait plus rien à faire. Je me vidais de mon sang en me tordant de douleur dans son salon. Je connaissais par cœur cette douleur, je n’étais en rien surprise. J’attendais d’expulser ce petit être que je n’allais jamais connaître. Ce petit être qui aurait mérité d’avoir une mère consciente de ces actes. D’avoir un père. Le bon. Quand on a pris l’avion je savais que cette histoire qui n’avait pas eu de début, n’aurait pas non plus de fin. 

Ce mec, je l’avais alpagué devant un salon de lissage cainfri, une bouteille de vodka en main, le jour de mes 26 ans. C’était mon anniversaire, j’étais avec des inconnus, j’allais sombrer dans un club, et je l’ai attrapé par le bras, en lui demandant où il allait. J’avais inversé les rôles, Je l’avais levé dans la rue. Alors que la traînée, normalement c’est moi. 

Ce week-end là, sur une île touristique déserte de touriste, je souhaitais le faire pour moi, en ignorant complètement et absolument sa présence. 

C’était du pur égoïsme. Commander des rooms-services et m’imaginer être seule. 

Je voulais ce voyage, parce que je savais qu’une fois rentrée, je retournerai à mon minuscule appartement, ma vie précaire avec mes faibles revenus contre un travail acharné, la défonce pour oublier, Les excitants pour tenir. et tout cet alcool.

Et le prochain mec. il y en a toujours un prochain. Comme le prochain pétard. le prochain verre. toujours quelque chose à consommer.

Je voulais ces quelques jours ailleurs et que ce soit la dernière fois que je me trouve dans un pays étranger, même si c’est avec un homme que je n’aime pas et qui ne m’aime pas non plus. 

La dernière fois que j’aurai eu si peu de respect pour moi même, si peu de courage. 

Je pensais à ma psy. Je pensais à ce travail qui commençait et qui m’obligeait à regarder le réel avec des yeux d’enfants qui avaient peur de grandir. 

Je voulais prendre tout ce que je pouvais de Naples, des souvenirs que je voulais graver dans ma mémoire. J’avais peur de ne plus jamais pouvoir avoir d’enfants. 3ème avortement. Sans compter une fausse couche que j’ai faite à 15 ans, sans vraiment comprendre. mais putain qu’est-ce que j’étais con.  

J’avais peur d’avoir utilisé mon capital de fabrication d’enfants, mais une partie de moi savait que je pouvais faire mieux. Avec du travail. Et beaucoup de patience. Je savais que je pouvais devenir quelqu’un de meilleur. Je savais que je méritais mieux.

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